Pour une vue panoramique de la femme négro-africaine (Tetela)
Jean-Pierre Luhata
0.Interpellation:
Le propos de la paupérisation culturelle sous la plume cinglante du regreté P.E,Mveng resitue dans sa juste pertinence ce débat sur le rôle de la femme africaine, catégorie dans laquelle s’inscrit celle tetela en société et son statut au sein de celle-ci:
“La totalité, ou presque, des Etats d’Afrique Noire, ont gardé intact
l’héritage colonial de la paupérisation culturelle. Dépouillés de leur
passé, de leur histoire, de leur art, de leurs langues, de leurs croyances,
de leurs systèmes politiques et économiques, les Etats
négro-africains ont accédé à l’indépendance, au milieu des ruines
de leurs societies en désarroi. Aujourd’hui encore, nos Etats se
débattent dans un imbroglio scolaire sans racines dans le passé,
sans prise sur le présent, sans horizons dans l’avenir.
Or, c’est cette forme de paupérisation culturelle que
perpétuent les Accords et Conventions culturelles à coups
de millions, de tonnes de manuels, et de légions de conseillers
et d’assistants techniques au zèle souvent indiscret, trahissant
sous le masque de l’Assistance une implacable oppression culturelle.
La paupérisation culturelle s’accompagne souvent du désarroi
spirituel de communautés ou même de peuples entiers,
ayant perdu l’héritage de leurs religions traditionnelles,
convertis hativement ou superficiellement à des religions
importées, elles-mêmes redoubtable agents de paupérisation spirituelle.
Il se crée ainsi un vide spirituel et moral vite exploité par les sociétés
secrètes et sectes…La secte à son tour fait de nouveaux otages gavés
de promesses politiques et économiques, drogués d’illusions,
parfois de pouvoir, mais entaînés chaque jour loin de leur peuple,
pour finir dans la cage verrouillée des loges ou des temples dits mystiques”.
(E.Mveng,“Paupérisation et développement en Afrique”).
L’intérêt par rapport à la femme consiste dans la restauration de notre culture menacée par les différentes expressions de cette paupérisation anthropologique qu’exploîtent si facilement les ethnologues,devant les incohérences suscitées par la domination de la culture de l’écrit. Les questions inhérentes à cette thématique,invitent à prolonger ma réflexion concernant la femme africaine pré-coloniale,en particulier chez les Tetela.Je m’empresse de ne pas répondre à la nécessité liée à la quête de l’ordre juridique traditionel, faute de structures précises d’arbitrage dans un univers ou se chevauchent les disciplines, compte tenu de liaisons fonctionnellement interactives au point de rendre illusoire une nette démarcation entre l’éthique et le juridique. Surtout que cette tradition(africaine)du point de vue disciplinaire privilégie la reconcilliation à des sanctions qui attribuent les tords et raisons aux parties prenantes dans le conflit. Ces lignes veulent réfléchir de manière interprétative, la question de la femme tetela(noire)dans un cadre théorique de l’anthropologie négro-africaine.L’intention ultime est de relever panoramiquement ces engagements d’ordre public pour tenter de remettre en cause les versions qui tendent à faire de l’africaine, une femme excluse de la scène publique. On promet dans l’avenir un éventuel approfondissement théorique de cette thématique ! Bref, cette réflexion voudrait cerner sommairement ces aspects publics de la femme africaine, contestant lucidement le libéralisme négateur des valeurs culturelles; elle retient son(de la femme)implication dans l‘ordre seigneurial; ses fonctions sociales comme héroine(Dihoka); son accession au pouvoir culturel; un éclair sur les précisions sémantiques, la femme aux cotés du forgeron, le prix du devoir de gratitude envers les parents; enfin, une brêve conclusion termine cette modeste étude.
1.L’Anthropologie négro-africaine
A titre de rappel,en Afrique noire, s’acharner à opposer les sexes sur base paritaire est une aberration au regard des anthropologues, on parle plutôt de la complémentarité sexuelle, car les deux natures différentes sont appelées à s’ouvrir vers un vivre-ensemble harmonieux. Il s’agit d’une dynamique de réalisation(achèvement)par laquelle se crée sa personnalité passant tour à tour de sa structure monadique, dyadique, trinitaire à la dimension communitaire. Ce qu‘en dit, encore, le Père Mveng est plus qu’illustrateur :
“
Dans le couple Homme-Femme face au drame qui oppose la vie et la mort,
La femme est par excellence l’alliée de la vie.(…) La femme, dans tous les cas, est
toujours partout, l’irremplaçable dimension qui fonde la personne humanie., dans la
vie comme dans la mort,dans le bien comme dans le mal. La relation de l’homme et
de la femme dépasse la catégorie d’égalité. Elle est complémentarité. L’égalité les fait
indépendants l’un de l’autre, étrangers, l’un à l’autre. Or, ils sont complémentaires,
nécessaires à l’un et à l’autre. Hors de cette complémentarité, l’homme n’accède
pas au statut de la personne: il n‘est ni libre, ni adulte, ni responsable, il n’est qu‘un
projet avorté“(E.Mveng,L‘Afrique dans l‘Eglise.Paroles d‘un croyant,.Paris,.L’Harmattan, 1984.P.16)
L’attention sur le langage courant a été d’un atout susceptible de débusquer les parties agissantes de la Palabre, restées anonymes sous la seule optique de la participation globale. Déjà, plus d’une double décennie, la théorie de triple participation du Pr NKOMBE O., élaborée dans les fins de nourrir une action de développement intégré,présentait les avantages de désélitiser le verbe décisionnel en société traditionnelle tetela. Cette théorie constitue à mon avis, un lieu par excellence du vécu de la démocratie effective(*versus la démocratie formelle, confondue avec la prérogative de la seule élite..)Cependant,mon inquiétude demeurait quant au rôle exercé par les individualités dans cette participation, dès lors que la conception universelle de la parole, son exécution par le travail producteur et le partage du rendement qui en résulte, résument la trame essentielle de la palabre, l’ossature de cette démocratie informelle, semblent ne pas identitifer si l’assemblée était de préséance androcentrique ou elle intégrait aussi l’élément feminine ! Cette théorie, malgré son silence sur la nature indifférenciée des acteurs, épouse substantiellement la palabre, émergeant comme horizon vecteur de la démocratie en crise actuellement en Afrique. L’écoute du langage courant pemettra à saisir les acteurs moins conscients, souvent oubliés par la littérature étrangère, à savoir la présence feminine. Un bref tour d’horizon de différentes taches prendra en compte ce rôle de la femme en sa société. D’autre part bondit à la surface le défi d’actualiser(besoin d’une reprise)dans nos présents systèmes juridiques pour rétorquer aux potentielles critiques. Cependant, telle question rencontre l’échos dans les recherches de C.A.Diop dans lesquelles on pourrait receler le concept du bicaméralisme, dans le projet de représentation de deux sexesau parlement. Cela éviterait d’exclure une entitée dans les visées intégratives de condition respective de la nature humaine.
2.S’affranchir de seules contraintes culturelles ?
Je pars d’un postulat : à regarder de près,le libéralisme individuel auquel on exhorte la femme noire, ne devrait pas consister dans l’affranchissement univoque du poids de la culture traditionnelle. Pour convaincre il(libéralisme)affecterait surtout un lot de contraintes vulgaires advenues avec l’économie monétaire qui ont fait de celle-ci, plus objet(monnayable)de plaisir qu‘un être digne d‘oeuvrer à l’education d’une société. J’estime que le beauvoirisme ambiant, plaidant pour l’accès de la femme à la place publique(en Afrique)semble fonçer une porte ouverte, si le pouvoir s‘inspirait des valeurs traditionnelles(vs.“istes“). Cela étant, la femme avait de voix au chapitre par le passé,alors que le défi imminent heurté au quotidien serait de prendre en compte cette présence dans les espaces sociaux, sans subir le poids d’une émancipation qui criminalise la famille et la dot comme obstacle, d’après cette optique libéraliste de type vagabond. En Afrique, la famille est une sorte de projection de l’infini dans l’histoire, elle libère plus qu’elle ne contraint, autant le(a)contractant(e) ne saurait être réductible à la seule influence financière ou l’essentiel de vie conjugale ne se résume pas en simples termes de la dotation en fortune:Diwala hawolambe dya okundji). On peut comprendre la suite …
3.Nkaha Nkumi de ménage: (gravir)l’ordre la femme et l’ordre seigneurial
L’apothéose de l’implication de la femme tetela en milieu public, s’inscrit pleinement dans le cadre du processus de devoir graver les échelles seigneuriales, dit Kaha Nkumi, il s’agira d’accéder à l’ordre dignitaire au seuil de ménage, à l’issue de quelques jours de d’offre de pièces précieuses et argent aux différentes instances castiques qui ont précédé dans cet ordre, au sein de sa belle famille, jusqu’à culminer dans la prise du repas de circonstance. Au terme du processus, la récipiendaire sera décorée, par sa belle famille, d’un collier en dents de léopard pour la distinguer de ses co-épouses et d’autres femmes ordinnaires. Ce collier sera porté aux occasions d’autres cérémonies, soit pour aller exhiber cette danse dite des enfants de chefs. Cette récipiendaire devra respecter les instructions du port requises sous-peine d‘être ammendée par les héros qui en pareils évènements, gravitent autour de la dignitaire. Le privilège de tel ordre confère à ses enfants le droit successoral, comparativement aux autres(enfants), même si ceux de la deuxième femme étaient plus agés.
4. Les femmes héroìnes -Ahoka ?
Les femmes font aussi figure de héroines au Sankuru, il faut les voir porter leur espèce de garot en peau d’animal à l’avant-bras gauche,vétues d’un genre de péruque de peau d’animal et charbon au visage, promptes à exécuter les taches qu’exige ce rang, comme le ferait un homme. A titre d’exemple: porter la peau de léopard en public en vue de réaliser certaines cérémonies,jurement ou l’invitation d’une grande nobilité. Un exemple,aux années soixante dix,l’invitation du célèbre féticheur Lolema: celui que l’on doit inviter, conquérir, dont il faut faire appel de manière spéciale(du nom de Dimoke,dit le sorcier numéro 9) exigeait une peau de léopard pour obtenir son consentement.Un héros est convié à porter cette peau, tel un drapeau brandi pour la circonstance; en guise d’honneur dans une éventuelle invitation à un célèbre personnage,appartenant à cet ordre de léopard. La toque de ce féticheur est faite de peau de léopard arborée de plumes rouges d’oiseau appelé au plumage rouge Looka, symbolisant les vies humaines sacrifiées pour son pouvoir...Les femmes comme héroìnes savent habiller les récipiendaires de Nkumi, autant elles accompagent ceux-ci vers le lieu d‘intronisation,sur un trône fait d’ancien mortier de l’arbre Okudi, enfoncé en partie au sol.Cet arbre symbolise l’inamovible dignité,on entend souvent dire au sujet d’un homme dont la dignité est sans conteste: ”Nkoy la Ekudi”.Une personne que l’on ne saurait bousculer, à qui l’on doit des égars(sauf en cas d‘inseste). Autant elles décorent au chou blanc,un mort qui a ronflé comme un léopard,kola Nkoy, par une bande allant de la hauteur du front jusqu’au menton. . Les héros accompagnent les interprètes surtout pendant le processus seigneurial(Nkumi)ceux-là(interprètes)s’impoosent en véritables présidents ou maîtres cérémoniaires de pareilles circonstances. A leurs cotés, figurent les héros qui explicitent ce qu’ils (interprêtes) dictent aux parties en présence. Le plus brillamment connu dans le haut Yenge, était Mpoto y‘Otshudi. Un grand orateur qui maîtrisait les détails fins,exigeant une forte mémoire pour ne pas en oublier les moindres. Tellement il savait en donner de belles prestations oratoires, en fonction de différentes castes. on s’amusait à le désigner en secret comme le Ciceron des espaces tropicaux…Il se faisait souvent inviter par un flamboyant héros du nom de (Wonganombe wa)Mpoy’Enginya d‘Ovungu. De concert avec le premier, celui-ci savait coordonner des cérémonies castiques tant des Chefs, notables, Forgerons, Féticheurs,Tambourinneurs,Chanteurs/Griots, Nkumi de ménage, Héros que pour des dignitaires ordinnaires… Donc, les femmes aussi participent dans l’ordre des Mpoyi, ceux-lles qui savent créer l’épouvante et inspirer la peur aux gens. Un cas entre autres, aux années 1948, aux funéraìlles du Chef Utshudi, du nom de Shotsha y’Omana, Mpoyi a Djonga Tambe avait suscité un cri épouvantable qui eut dispersé l’assistance non avertie, des fois même nue, au-delà de cinq kilomètres. Cette manière respectait les principes qui veulent que le chef ne soit pas enseveli à la manière des funéraìlles ordinnaires.
5. Du pouvoir culturel partagé:
la fonction anthroponymique
Le choix d’une co-épouse est un arrangement des conjoints, consécutif à l’infécondité de l’épouse légitime. Pour contenter son mari, celle-ci lui prendra dans sa famille, une de ses nièces de sa libre initiative. Des fois, elle(la première) y consent,même hors de sa famille devant le pressant désir d’avoir de la progéniture. Dès que cette nouvelle met au monde, si c’est une fille, l’épouse légitime aura droit anthroponymique, stablement tributaire de l’homme, celui de nommer les êtres humains à la naissance.Elle lui reviendra de désigner de droit cet enfant(L’)Am(b)anguna(ngunda ya wadye omi):”je déclare être de bonne intention par rapport au destin maternel de ma co-épouse
“(On l‘a vu dans la femme africaine traditionnelle). C’est un pouvoir, mieux une certaine ascendance sur les autres épouses jusqu’à en influencer le cours de la vie, dont la fécondité tient une place prépondérante. Ces réalités se vérifient dans la plupart de cas jusqu’à présent. La femme partageait ainsi ce prestigieux pouvoir culturel, pourtant gardé à la seule discretion de l’homme.
6. Gardienne de l’ordre social ?
Il semble que chaque fois que l’ordre social est menacé, le recours aux femmes devient la seule alternative restauratrice de la distorsion lui infligée(à l’ordre).Souvent le gangstérisme présage les signes de son déclin, si l’Opele, Elengalenga brave l’ordre établi, en s’en prenant systématiquement aux êtres faibles(dont les femmes).Deux cas, la fin de la dernière décennie, éclairent cette remarque:
En1981, la déflagration du vol s’est emparé des jeunes désoeuvrés, parmi les quels se comptaient les noms tels que ceux de Omombo, Lutula,Ekata Nzete etc. Plus que voleurs, ils extorquaient les biens privés des paisibles citoyens, au point qu’ils terrorisaient cette partie du Sankuru. Pire, Omombo était invulnérable aux effets du fusillade. Seul le concours d’une dame de Djalo, ayant touché aux armes de soldats alors affectés au même lieu, aura raison de cet agent de terreur. Ces balles qu’il métaphorisait avec les arrachides pour indiquer combien son corps ne pouvait les absorber,auront eu raison de lui. Un autre cas, celui de Djacos(Ndjadongo Cosmas du village Opeta), qui sans être voleur, mais doté de forces surhumaines, terrorisait tout le monde suivant ces humeurs lui aussi aux années 90 au Sankuru. L’opinion populaire retient de lui son habileté à sauter avec sa victime sur une hauteur presque de deux mètres,tenant celle-ci avec ses ongles aux narines.Il semble qu’il fut annéanti et arrêté après avoir commis l’imprudence de violer les femmes du coté de Mvunge, à la grande indignation de toutes les femmes. Saisies du cas, les autorités de Lodja avaient par la suite décidé de procéder à l’arrestation de Djacos et de son homme à tout faire, surnommé Mercénaire. Celui qu’il interpelait en termes de : Mercernaire charge- toi de lui(odja yiimba)!!, quand il voulait user de la violence sur celui qui tomberait en disgrace avec lui. Djacos dont le seul grondement de voix suffisait à faire chavirer son adversaire, était capturé avec son homme, alors qu’ils dormaient profondement en plein jour.Les rumeurs veulent que ce sommeil soit l’effet de la neutralisation de leur ardente offensive,à la suite de cette indignation des femmes.
D’autres cas encore réconfortent cette hypothèse, bref, dans la société Tetela, (probablement ailleurs aussi à travers l’Afrique noire),les femmes maîtrisent les arcanes constituant l’antidote face aux bévues du gangstérisme(agir hors des paramètres de raisonnabilité) en vue de rétablir l’ordre en cause. N’est-ce pas la chasse et d‘autres missions guerrières supposent une stricte abstinence par rapport à la femme(on déconseille de flirter avec celle-ci) pour décupler les chances de l’offensive ?
7.L’inviolabilité de la femme du forgeron
Cet aspect complète la première perspective sur le rôle de la femme d’Utshudi. Il souligne son caractère sacré,compte tenu des vertus presque surhumaines qu’exigent cette caste en société. Il est, en quelque sorte pour emprunter le langage de l’Occident, celui qui a le mérite d’avoir volé, à sa façon, le secret promethéen dans nos cultures. Le forgeron manie le feu, un secret l’unit à cette force de la nature, il en est souvent par conséquent invulnérable; il s’appelle:
” Lomambankoso, otshudi wa tokuwakuwa
la tokengokengo, ndjaka looheca kadjende samu” !
“Le forgeron(Lomambakoso)qui fabrique
les couteaux et ciseaux, qui (sait)(aiguîser) affute(r)
l’outil de travail,même de celui dont il est conscient
qu’il lui inspire la haine“.
Cette capacité de s’autodépasser recommandée à Utshudi le rétablit au niveau social extraordinaire. L‘on sait le rôle de l’outil de travail dans nos milieux, refuser de rendre ce service impartialement porterait préjudice à plus d‘une personne. C’est comme si on demandait au forgeron de laisser son coeur à l’entrée de sa forge pour servir objectivement toute la clientèle. Devant telle exigeance, la société se sait redevable envers sa caste, d’ou celle-là craint sa colère traduite par une forte conspiration au dedans de leur caste,dite Didjango, une forte conspiration dont la variante entraîne la confiscation de toutes les pièces de pierres à travers le village; telle opération s’effectue la nuit à leur grande discrétion pour en pénaliser les membres. Devant l’abnégation du forgeron, la société se tient au strict respect de l’inviolabilité de sa femme(du forgeron). Violer
cette norme sociale, expose son auteur à la suspicion dans sa perspective d’approcher la forge, pour y aiguîser ses outils. Le test ne trompe pas, car les outils ne vont pas chauffer (rougir)au feu, signe qu’un différend existerait entre un éventuel forgeron et son client jusqu‘à l‘aveu du forfait. D’autres peines plus graves peuvent entraîner des blessures présumées non cicatrisables. Des fois, ils(tous) se liguent à refuser de réparer le vélo, et appliquer des portes,fenêtres au nouveau domicile du coupable… Cela n’est pas de la superstition! Quoique cette norme soit de portée générale, la société estime qu’il soit honorable de respecter une personne de si grande générosité comme le forgeron, sans violer son espace conjugal. A ce titre, son épouse s’élève au rang sacré(intouchable) sous-peine de s’attirer l’impitoyable colère de cette caste qui souvent prend au sérieux son rôle social.
En quoi ces détails servent encore nos milieux aujourd’hui,en raison de l’imposisition de nouvelles technologies sur nos instruments de travail ? Ce n’est pas mal de maîtriser notre technologie locale, pour des raisons de contrôle et de moindre dépendance. Si l‘usage de duha(fer) était encore courant dans la fabrication des des outils de travail, tels que les haches, houes, la crise alimentaire aurait peu affecté nos milieux. Encore, le déclin du monde de la forge consomme l’appauvrissement de nos valeurs artistiques(disparition de tabouret, grelot, clochettes, croisette en cuivre, javelot, flêche, le siège portable des Nkumi y’Ekonda, le gong etc.
8. Précision sémantico-linguistique
Douleur/maladie(Kandji et Olando),douleur(respectivement par rapport au père)et maladie,souffrances prolongées attribuées à la mère, sont toutes des douleurs. Chercher à quantifier ou à établir la différence de nature ou de degré, n’annulle en rien la peine qu’on éprouve quand le malheur frappe l’un ou l’autre. Cette souffrance appartient au domaine de l’affectivité. Il n’est pas une question quantitative, car il s’agit d’une vérité d’éprevue, et non celle de preuve. Peut-être une épreuve prouvée ou inversément, je n‘en sais !
Si en général, la société tend à favoriser la Maman, c‘est à plusieurs titres:
8.1. La mère endure les douleurs d’enfantement,sa liaison avec l’enfant du cordon ombilical établit une profonde unité affective. Voire, au-delà de la naissance, le lait maternel perpétue celle-ci jusqu’au sevrage. N’oublions pas que les mêmes émotions sont partagées dès les premiers instants du développement embryonnaire…
Sa croissance n’oblitère pas de sitôt cette unité affective, en sorte que l’on a tendance à protéger l’élément faible, dont la Maman, comparativement au Géniteur.
8.2.Tandis que dans le cas du Père, il sait endurer sa peine souvent sans que son entourage le sache. Cettte métaphore saisie littéralement, est plus qu’explicite: ekomi ka pami mbelaka l’otema : c’est dans son coeur que l’homme murit ses problèmes(ananas). Une manière de traduire la capacité de l’homme à endurer les choses et les murir dans son for intérieur, sans précipitation avec son environnement immédiat. Des fois, les enfants résistent à la tentative de croire que leur Papa soit porteur de quelques faiblesses ou celui-ci pourrait pleurer. Alors qu’assez souvent, une moindre séparation suffit à arracher les larmes à la Mère… D’ou l’enfant aura vite cette inclination protectrice pour celle-ci qu’il croit plus vulnérable que son père. Ce n’est pas vrai que l’on aime plus l’un que l’autre, mais on tend instinctivement à protéger celle que l’on croit souffrir plus.
Que dirait-on de certains endroits chez les Tetela ou l’homme souffre de douleurs d’enfantement, pendant que la femme travaille et ne s’apprête à voir la sage femme que quand s’annonce le moment d’accoucher ? Eu égard à la juxtaposition des termes de douleur/maladie(kandji/olando),l’inteprétation qui favorise l’élision de la répétition est plus géniale dans l’usage de notre langage discursif, fait d’une poétique, de la versification:
Pour distinguer deux personnes homonymes: on dira “Diowo dya Lukuke” avec “Diowo dya Soko”; alors que les deux mots sont des variables qui désignent la porte. Attention ici la différence réside dans le fait que l’un est le fils de Lukuke,le nom de quel qu’un; alors que l’autre fait le gardien d’une entrée principale. Cet usage évitait la reprise de la même consonance(Lukuke) dans leur respective désignation . Une autre métaphore stipule dans ce sens :
“Lootota halange ononyi waha lande”: à propos d’une vieille poule prolifique (ayant donné beaucoup de poussins),de laquelle on ne devrait plus attendre outre mesure d’autres(poussins). D’abord, la poule n’enfante pas(il pond)pourquoi ne pas la désigner par les termes familiers(onyango), plutôt que(Lootota) qui se confond avec le Coq(Lekeeka) ? Par ailleurs, on ne désigne pas la poule(animal domestique)par un démonstratif lui(“nde“), qui normalement concerne un être humain, mais par ça (“to”) (koko). L’usage sert de rime pour agrémenter la sonorité du langage prosaïque ou poétique…Une brève lumière au sujet d’une factice distinction entre dolour et la maladie(kanji/olando) attribuées à l‘un et l‘autre, pourtant, gardant le même contenu sémantique. Des douleurs de maladies ou d’une souffrance morale éprouvent pareillement la victime.
9. Quel devoir de gratitude ?
Je persite à croire à la parité staturaire en matière d’affection comme devoir de gratitude pour le don de la vie et les souffrances corollaires endurées par les parents. Telle question n’aura pas de réponse évaluable à l’aune quantitative. Le devoir de gratitude n’a pas de prix ! Nous nous devons de les aimer davantage, malgré l’insécurité suscitée par une certaine incapacité à rapatrier l’ordre dans nos espaces publics en Afrique noire. Cette incapacité qui motive le déplacement des parents de milieux habituels aux fins de veiller sur eux, s’explique aussi par la criminalisation de l’Etat ou la banditisation du pouvoir politique et économique (expression de Jean-François Bayard et Jean-Marc Ela). Soit qu’il faille opter pour l’idéal de cette sécurisation en vue de les maintenir près de lieux d’enterrement de leurs époux/ses.
Bref, il ya bien des choses non dites, ce qui aurait enrichi ce débat dans le but de mieux ressortir les aspects ombrageux de la femme dans les espaces publics africain. Je ne me suis pas attardé sur lequel des deux parents mérite plus d’attention.J’ai plus centré mon intérêt sur les principes qui participent de tel comportement, donc, mon intention n’est pas forcément comparative, mais elle en a consisté dans la visée restauratrice de cette vérité culturelle, autant qu’intention réhabilitatrice de la femme dans sa acception dignitaire chez les négro-africains. Un effort dans la ligne d’envisager une reprise de cette donnée de manière d‘assurer notre modernité par nous-même. Dirait-on que cela tienne du révisionnisme ? Qu’importe ! Il est de notre devoir de nous désaliéner la perception de la femme en vue de réconquérir son rang de noblesse hors du lavage de cerveau qui ferait croire comme si l’Afrique noire n’avait rien à donner…Cependant cette tache reviendrait d’abord aux femmes africaines, elles-mêmes. Tel effort irait dans le sens d’affirmer légitimement, de par elle-même, le fait de s'établir en assumant en tout temps, le statut honorable de sujet de leur propre histoire !
Jean-Pierre Luhata
12 Avril 2008